Depuis le début de la crise, les associations travaillent sans relâche pour répondre aux besoins vitaux des plus précaires. L’engagement des salariés et l’élan de solidarité permettent de maintenir l’activité. Mais dans quelles conditions, et pour combien de temps ?

Alors que la France se met à l’abri, la crise sanitaire a plongé les plus démunis dans une précarité absolue. L’hébergement d’urgence était déjà à bout de souffle. Avec l’épidémie de Covid-19, c’est tout le monde associatif qui doit désormais se réorganiser. Dès le début du confinement, les associations ont dû réduire, et parfois suspendre, leurs activités de première nécessité. Le temps de se retourner. « L’affaiblissement de nos forces vives, bénévoles âgés mais aussi salariés, a fortement diminué nos possibilités d’ouvrir les accueils de jour et de poursuivre les maraudes et distributions alimentaires. Les gens appelaient le 115 parce qu’ils avaient faim et n’avaient pas mangé depuis deux ou trois jours. Nous étions très inquiets », explique Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre.

Pour parer à l’urgence, ou par refus de la fatalité, l’association a décidé dès les premiers jours du confinement de fournir 60000 tickets services d’une valeur de 10 euros aux SDF pour leur permettre d’acheter des produits d’alimentation et d’hygiène. Une goutte d’eau diront certains, mais un « filet de sécurité » vital pour les bénéficiaires. Le 1er avril, le dispositif sera repris par l’État et étendu à l’ensemble du territoire.

Si, depuis le début de la crise, le secteur associatif réussit tant bien que mal à maintenir son activité, c’est d’abord grâce à l’engagement de ses salariés. Et ce, même si un mois après le début du confinement, les effectifs sont toujours réduits de 30 à 40 % pour cause de maladie, garde d’enfants ou droit de retrait. « Parce qu’ils ne sont pas considérés comme prioritaires, les travailleurs sociaux, salariés et bénévoles associatifs ne sont pas ou peu protégés », déplore Florent Gueguen, directeur général de la Fédération des acteurs de la solidarité. Dès lors, c’est tout le fonctionnement qu’il a fallu repenser.

Partout, les appels aux dons et au bénévolat se sont multipliés. Une plateforme (jeveuxaider.gouv.fr) a été mise en ligne dès le 12 mars, en vue de permettre à toutes les personnes volontaires et disponibles de venir en aide aux plus précaires, comme aux associations. C’est notamment grâce aux dons et à ces bénévoles que l’association Aurore, en partenariat avec le Samu social de Paris, l’Armée du salut et le Secours populaire, peut distribuer depuis le 24 mars quelque 5000 paniers repas par jour aux plus démunis dans la capitale. Trop peu, malheureusement, tant les besoins ont augmenté.

À Paris, mais aussi Marseille ou Lille, on estime que l’affluence a crû de 25 % en moyenne. Et, dans certains ménages modestes, la baisse des revenus liée au chômage technique ou à la perte d’emploi combinée à la hausse des dépenses fait craindre une augmentation significative du nombre de personnes en difficulté (LIRE CI-DESSOUS).

À cela s’ajoute la question de la sécurité, qui reste prioritaire pour éviter que l’épidémie ne se propage. « Lors des distributions, certaines personnes arrivent deux ou trois heures en avance, ce qui provoque des files d’attente énormes. Les mesures de précaution sont rappelées aux bénéficiaires comme aux bénévoles. Mais nous avons du mal à trouver la bonne organisation pour faire respecter les distances de sécurité sanitaire », explique Audrey, militante de l’association Aurore.

Mise à l’abri, des efforts insuffisants

Sur le front de l’hébergement, tous les acteurs du secteur reconnaissent également une forte mobilisation des pouvoirs publics pour la mise à l’abri des plus fragiles. À la fin mars, le ministre chargé de la Ville et du Logement, Julien Denormandie, avait promis une attention particulière envers les sans-abri. Sur les 157 000 places en hébergement d’urgence disponibles, 14 000 ont été prolongées jusqu’à la fin mai, auxquelles s’ajoutent 7800 places d’hôtels de tourisme réquisitionnés le temps du confinement.

Mais les besoins sont très disparates d’un territoire à l’autre, et l’effort est loin de répondre aux 250 000 personnes qui vivent actuellement à la rue ou sont hébergées dans des structures d’accueil provisoires parfois précaires, tels des squats. « Dans de grandes villes comme Marseille ou Toulouse, ils sont encore nombreux à vivre dans des campements ou des bidonvilles, où les mesures barrières ne peuvent pas être respectées, où le risque de contamination est élevé et où l’accès à l’eau est inexistant ou limité », déplore Christophe Robert.

Bien qu’indispensable, la mise à l’abri n’est qu’une étape dans cette crise. Déjà, les tensions s’exacerbent dans certains centres d’hébergement pour les personnes psychologiquement fragiles ou présentant des addictions, à tel point que des associations ont choisi de lâcher du lest sur les règles afin de désamorcer les conflits. Qui pourrait leur en vouloir ? À ce jour, l’urgence est telle que seule la gestion du présent compte. Les activités culturelles et l’accompagnement social ont été mis en sommeil pour maintenir l’hébergement, le couvert et la sécurité des résidents. Avec un objectif : tenir.

Une prime de solidarité

Répondant à l’appel du Secours populaire, des associations (Emmaüs, la Fédération des acteurs de la solidarité, la Fondation Abbé Pierre, le collectif Alerte et ATD Quart Monde) ainsi que la CFDT avaient appelé le chef de l’État à verser une prime de solidarité aux ménages le plus en difficulté, jusqu’à la reprise des cantines scolaires.

Le 15 avril, le gouvernement y a répondu en annonçant que les foyers allocataires du revenu de solidarité active (RSA) ou de l’allocation de solidarité spécifique (ASS) percevront une aide de 150 euros, à laquelle s’ajoutent 100 euros par enfant à charge. Par ailleurs, toutes les familles bénéficiaires des aides personnalisées au logement (APL) qui ne touchent pas le RSA ou l’ASS bénéficieront elles aussi d’une aide de 100 euros par enfant à charge. Au total, 4,1 millions de foyers seront concernés.

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