La célèbre avocate féministe, qui a défendu des militants FLN pendant la guerre d’Algérie et s’est battue pour la libéralisation de l’avortement et la criminalisation du viol, est morte à l’âge de 93 ans.

Procès de Bobigny en 1972

Son Enfance

Elle naît le 27 juillet 1927 en Tunisie, d’une mère juive, et d’un père d’origine berbère. Après des études au lycée de jeunes filles de Tunis, à la faculté de droit et de lettres de Paris et à l’Institut d’études politiques à Paris, elle entre au barreau de Tunis en 1949 et poursuit sa carrière d’avocate à Paris en 1956.

Son enfance dans une famille traditionaliste est à l’origine de son combat dans la lutte féministe. En effet, dès son plus jeune âge, elle remet en cause ses obligations de fille au sein de sa famille.

C’est pourquoi, à l’âge de 10 ans, elle entame une gréve de la faim, afin de ne plus avoir à faire le lit de son frère. Au bout de trois jours, ses parents cèdent et elle écrit dans son journal intime de l’époque : « aujourd’hui j’ai gagné mon premier petit bout de liberté ». Des années plus tard, elle estime qu’elle avait en elle « une rage, une force sauvage, je voulais me sauver ».

Son Parcours

Fortement engagée dans plusieurs causes, elle milite pour l’indépendance de son pays, la Tunisie, mais aussi pour l’Algérie ; elle dénonce les tortures pratiquées par l’armée française et défend les militants du Mouvement National Algérien poursuivis par la justice française. À partir de 1960, elle prend la défense de Djamila Boupacha, militante du Front de Libération National Algérien, notamment dans le journal Le Monde. Par la suite, elle cosigne avec Simone de Beauvoir, Djamila Boupacha, livre dans lequel elle obtient de nombreux soutiens et la participation de grands noms comme Pablo Picasso dont son portrait de Djamila Boupacha figure sur la couverture.

Dans le même esprit, elle préside une commission d’enquête sur les crimes de guerre américains au Viêt Nam.

En 1965, Gisèle Halimi participe au Mouvement démocratique féminin, sorte d’union de la gauche avant la lettre qui soutient la candidature de François Mitterand à la présidentielle de 1965 et veut unir socialisme et féminisme.

Féministe, Gisèle Halimi est signataire en 1971 du Manifeste des 343, parmi 343 femmes qui déclarent avoir avorté et réclament le libre accès aux moyens anticonceptionnels et l’avortement libre.

Aux côtés notamment de Simone de Beauvoir et de Jean Rostand, elle fonde en 1971 le mouvement féministe « Choisir la cause des femmes » et milite en faveur de la dépénalisation de l’avortement. Elle prendra la présidence de cette association à la mort de Simone de Beauvoir.

Au procès de Bobigny en 1972, qui a un retentissement considérable, elle obtient tout d’abord, au tribunal correctionnel, la relaxe pour Marie-Claire, une jeune fille de 16 ans qui avait avorté après un viol. Elle obtient aussi du sursis pour la mère et la relaxe pour les deux amies qui ont aidé Marie-Claire ; elle a fait de ce procès une tribune contre la loi de 1920. Ce procès contribue à l’évolution vers la loi Veil, votée en décembre 1974 et promulguée en janvier 1975, sur l’Interruption Volontaire de Grossesse.

Son plaidoyer pour la criminalisation du viol

De même, sa stratégie de défense médiatisée de deux jeunes femmes victimes d’un viol collectif, Anne Tonglet et Araceli Castellano, devant les assises d’Aix-en-Provence en  contribue à l’adoption d’une nouvelle loi en 1980 définissant clairement le viol et l’attentat à la pudeur et les reconnaissant comme des crimes, alors qu’ils étaient considérés jusque-là comme des délits en droit français. Elle aide et soutien la cinéaste Yannick Bellon à produire le film L’Amour violé (le premier à aborder le sujet frontalement) et présente le film, à de nombreuses reprises lors de débats sur le sujet.

Gisèle Halimi est également l’une des fondatrices de l’association altermondialiste ATTAC en 1998. L’activiste palestinien Marouane Barghouti lui a par ailleurs demandé d’être l’un de ses avocats.

En 1999, elle signe pour s’opposer à la guerre en Serbie la pétition « Les Européens veulent la paix », initiée par le collectif Non à la guerre, se situant dans la mouvance de la Nouvelle Droite.

Elle est membre du comité de parrainage du Tribunal Russell sur la Palestine dont les travaux commencent le 4 mars 2009.

Le 23 février 2010 est adoptée par l’Assemblée Nationale, en sa présence, une résolution européenne sur le principe de la « clause de l’Européenne la plus favorisée » visant l’harmonisation des législations européennes concernant les droits des femmes suivant l’idée qu’elle avait émise dès 1979 lors de la première élection du Parlement Européen au suffrage universel.

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